Il y a des livres que l’on écrit pour raconter une histoire. Et puis il y a ceux que l’on écrit pour déposer une trace sur le chemin, comme je l’ai fait avec Le hérisson et la chouette des pins. Ce conte initiatique est né d’une question simple, mais essentielle : que faisons-nous de ce que nous avons vécu ? Le gardons-nous comme un poids dans notre dos, ou apprenons-nous peu à peu à le transformer en lumière intérieure ?
Dans ce conte initiatique en forêt, j’ai voulu faire marcher un petit hérisson nommé Silor au cœur des monts du Jura, dans une forêt de pins. Ce paysage n’est pas seulement un décor, il est une présence.
Les pins ont cette verticalité silencieuse qui ne force rien, mais qui tient. Ils montent vers le ciel sans oublier la terre. Ils accompagnent naturellement le chemin de Silor, ce petit être discret, attentif, presque trop attentif à ce qu’il laisse derrière lui.
Silor avance, mais il se retourne souvent pour regarder ses traces, ses erreurs, ses chutes. Il croit que comprendre sa vie signifie retenir ce qui a été vécu, et pense que ses blessures doivent rester visibles pour ne plus se perdre.
Mais à force de surveiller hier, il oublie d’habiter aujourd’hui.
Un conte symbolique entre hérisson, chouette et sagesse de la forêt

Cette tension, je crois que nous la connaissons tous. Nous portons parfois notre passé comme un sac trop lourd. Nous croyons qu’oublier serait trahir, que lâcher serait nier, que regarder devant soi serait abandonner ce qui nous a construits.
Pourtant, la forêt enseigne autre chose. Une feuille morte ne renie pas l’arbre lorsqu’elle tombe. Elle retourne simplement à la terre pour la nourrir autrement. En cessant d’être feuille pour devenir humus, elle devient mémoire vivante.
Dans ce récit initiatique, la rencontre avec la chouette des pins ouvre ce passage. La chouette n’impose rien et ne donne pas de grande leçon. Bien qu’elle voit dans la nuit, elle ne supprime pas l’obscurité, elle apprend à y lire. Elle murmure à Silor une vérité qu’il devra éprouver par lui-même : comprendre, ce n’est pas retenir, c’est transformer.
Le hérisson et la chouette forment ainsi un duo essentiel dans ce récit initiatique. Silor marche au ras du sol, à hauteur de mousse, de racines et de feuilles. Il porte ses piquants, mais reste vulnérable. La chouette, elle, veille depuis les hauteurs. Elle ne juge pas. Elle observe. Entre eux s’ouvre un dialogue entre la fragilité qui avance et la sagesse qui éclaire.
Les 45 Sylves : un chemin initiatique de méditation intérieure
Après le conte d’ouverture, le livre se prolonge par 45 Sylves, réparties en cinq cycles. Ces Sylves ne sont pas des explications du conte, elles sont plutôt des haltes. De courts textes poétiques, méditatifs, destinés à être lus lentement.
J’appelle “Sylve” cette forme brève parce qu’elle vient de la forêt. Une Sylve n’est ni une morale, ni une conclusion. Elle est une trace intérieure. Elle ressemble à ce que l’on garde après une marche silencieuse : une phrase, une sensation, un déplacement du regard.
Les cinq cycles composent un véritable chemin initiatique. Ils accompagnent progressivement le lecteur : le regard tourné vers hier, l’épreuve du réel, le basculement, la transmutation, puis la marche incarnée. Chacun de ces cycles invite à reprendre souffle. Il ne s’agit pas de tout comprendre d’un seul coup, mais d’entrer doucement dans une autre manière de regarder son passé.
Ce livre peut donc se lire de plusieurs façons.
Comme une fable, si l’on aime les animaux porteurs de sagesse. Comme un Conte initiatique, si l’on accepte de marcher avec Silor dans ses hésitations.
Comme un carnet de méditation, si l’on revient aux Sylves une à une, au fil des jours.
Comme un compagnon de route, pour celles et ceux qui sentent qu’il est temps de ne plus se retourner sans cesse.
Conclusion — Un conte initiatique pour ne plus se retourner
Le hérisson et la chouette des pins ne dit pas qu’il faut oublier ce qui a été vécu. Au contraire. Il dit que tout ce qui nous a faits peut devenir autre chose.
Une chute peut devenir appui. Une erreur peut devenir discernement. Une blessure peut devenir passage. Un passé trop lourd peut devenir lumière, dès lors qu’il cesse d’être retenu comme une preuve contre nous-mêmes.
C’est peut-être cela, au fond, que la chouette des pins vient murmurer à Silor. Nous ne sommes pas condamnés à rester prisonniers de nos anciennes traces. Nous pouvons les reconnaître, les remercier parfois, puis continuer. Non pour fuir ce que nous avons été, mais pour marcher enfin avec ce que nous sommes en train de devenir.
Le hérisson et la chouette des pins est disponible en librairie BoD, sous mon nom de plume Virx Ylfu. C’est un petit livre de forêt, de silence et de transformation.
Un récit initiatique pour celles et ceux qui savent que parfois, le plus grand pas en avant commence au moment où l’on cesse de se retourner.

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11 réponses à “#228 – Un conte initiatique : Le hérisson et la chouette”
Je trouve que les contes sont un très beau moyen de parler à notre inconscient, et ton texte le fait avec beaucoup de justesse. J’ai ai aimé cette manière douce d’aborder le passé, sans chercher à donner une morale à tout prix.
Merci pour le partage.
Merci pour ton partage Eric ! J’adore l’idée d’utiliser ces contes comme un guide quotidien (en lire un peu chaque jour) ou comme une manière de réfléchir ou de méditer. Ça permet d’en faire un compagnon du quotidien. Bravo à toi pour ton ouvrage !
Merci Ambre et au plaisir de t’accueillir à nouveau sur SRPST
Votre article m’a donné l’impression d’entrer dans un espace de calme, presque comme une marche lente en forêt. On sent que ce livre a été écrit avec une vraie intention intérieure, pas seulement pour raconter une histoire, mais pour accompagner quelque chose chez le lecteur.
La phrase : « comprendre, ce n’est pas retenir, c’est transformer » résonne particulièrement fort. Nous sommes nombreux à croire qu’il faut garder nos blessures visibles pour ne pas oublier ce qu’elles nous ont appris… alors qu’elles peuvent parfois devenir autre chose, plus léger, plus vivant.
J’aime aussi beaucoup l’idée des Sylves comme “haltes” plutôt que comme explications. Cela change complètement notre rapport à la lecture. On ne cherche plus à comprendre intellectuellement, mais à ressentir et laisser infuser.
Merci pour cette présentation pleine de délicatesse.
Merci Ely et j’espère que ce conte t’accompagnera dans tes pensées quotidiennes.
Les contes sont un tres bon moyen de parler à l’inconscient effectivement. Ton texte m’a fait faire des ponts d’ailleurs avec d’autres traditions, histoires et m’a donnée envie de me procurer cette histoire de la chouette et du hérisson 🙂
Merci Aurelie et bonne lecture …
Hello Eric ! Merci pour ce « chouette » – sans jeu de mots – partage de cette proposition de conte initiatique. Il résonne en moi à de maintes reprises; notamment lorsque la feuille, ne reniant pas l’arbre, se transformer en humus afin de continuer à nourrir notre Terre nourricière.
A travers ton article, j’ai découvert la notion de « sylphes » que je ne connaissais pas du tout (je ne suis pas un littéraire :-)) – je les rapproche des haikus en fait, selon ma propre expérience « japonaise »: courts, simples, sobres et mettant en mouvement.
Ton livre devient ainsi une sorte de boîte à outils, voire un couteau suisse à utiliser selon les moments de la vie que l’on traverse. Dorénavant, je regarderai autant que possible droit devant moi, sans trop me retourner dans le passé, juste pour y apprendre et pas pour y séjourner !
Merci François et au plaisir de t’accueillir sur SRPST à nouveau
Bravo Eric! je trouve que le conte est un magnifique moyen de transmettre des messages forts comme ceux que tu véhicule dans ce conte initiatique. Nous avons tant à apprendre de la nature! Merci pour cette initiative. Serait-ce le début du longue série?
Merci et les prochains contes arrivent bientôt …