#240 — Retrouver la forêt en septembre

la forêt en septembre

La forêt en septembre possède pour moi une énergie particulière, car après les vacances vient le moment de retrouver progressivement mon rythme de vie habituel. Mon agenda se remplit de nouveau, mes activités reprennent et je retrouve ces habitudes qui structurent naturellement mes semaines. Après le rythme différent de l’été, cette reprise me donne parfois l’impression que le temps va recommencer à passer plus vite.

En retrouvant mon quotidien je retrouve certaines choses auxquelles je tiens profondément, et parmi elles se trouve naturellement la forêt. Pendant mes vacances, je me suis laissé découvrir d’autres paysages, d’autres arbres et des sentiers qui m’on emmené loin de mes repères habituels. C’est pour cela que septembre possède pour moi le goût particulier des retrouvailles avec ces chemins que je connais depuis longtemps

Je ne retrouve jamais vraiment la forêt exactement comme je l’avais quittée, car quelque chose s’est déjà discrètement transformé pendant mon absence. La lumière devient différente, les journées raccourcissent progressivement et les matinées commencent parfois à apporter une fraîcheur annonçant déjà la saison prochaine. Les arbres sont encore largement habillés de vert, pourtant leurs couleurs commenceront bientôt à changer devant moi, et c’est peut-être cela que j’aime en septembre : Retrouver la forêt que je connais en sachant qu’une nouvelle histoire avec elle commence déjà.

Retrouver les arbres de la forêt en septembre

Lorsque je retourne régulièrement dans une même forêt, certains arbres deviennent des repères familiers au milieu de mes marches. Je reconnais un tronc particulier, une branche étonnante, un arbre couché ou simplement un endroit où j’aime m’arrêter quelques instants. Je pourrais rechercher sans cesse de nouveaux paysages, mais revenir aux mêmes endroits m’offre la possibilité précieuse d’observer leurs transformations. Il m’arrive même de m’approcher de l’un d’entre eux et de retrouver cette expérience particulière que j’évoquais dans mon article consacré au geste d’embrasser un arbre.

forêt en septembre

En septembre, les arbres sont encore largement couverts de feuilles et ils ressemblent encore beaucoup à ceux que j’avais quittés avant l’été. Pourtant, je sais déjà que ce paysage est provisoire car les premières couleurs automnales commencent à apparaitre discrètement parmi les feuillages. Et puis viendra cette période extraordinaire durant laquelle la forêt s’embrasera progressivement de jaunes, d’ocres, de bruns et parfois de rouges. 

Marcher régulièrement dans les mêmes endroits me permet de retrouver ces arbres qui m’accompagnent au fil des saisons. La forêt me rappelle alors que revenir n’est pas retrouver exactement ce que j’avais laissé auparavant et particulièrement en septembre s’ouvre ainsi une nouvelle période d’observation pendant laquelle je commence déjà à attendre avec plaisir ce qui va apparaître.

Regarder la forêt se transformer en automne

J’aime attendre l’automne en recherchant ses premiers signes comme une feuille légèrement jaune au milieu d’un feuillage, ou bien sa couleur toujours verte qui suffit parfois à retenir mon regard pendant quelques secondes. Puis les changements s’accélèrent à partir de l’équinoxe d’automne en septembre qui transforme progressivement les paysages lorsque les feuilles commencent à recouvrir les chemins familiers. Je retrouve cette humidité chargée de l’odeur particulière de terre et du sous-bois que j’associe profondément à l’automne.

Mon regard se tourne alors vers le sol, où les champignons apparaissent et révèlent une partie habituellement invisible de la forêt. Les feuilles tombent progressivement et les arbres encore largement habillés en septembre, commencent à dévoiler leurs branches et leurs silhouettes. Et puis l’hiver arrive avec une forêt profondément différente de celle que j’avais retrouvée quelques mois auparavant au retour de mes vacances.

forêt en septembre

Cette transformation de la forêt m’invite naturellement à ralentir et à revenir vers une dimension davantage intérieure. Mes marches changent alors légèrement, car je regarde peut-être moins loin autour de moi et commence davantage à regarder en moi.

J’aime observer les arbres qui se délestent progressivement de leurs feuilles sans chercher à conserver ce dont ils n’ont désormais plus besoin. Cette attitude naturelle rejoint ce que j’avais découvert en réfléchissant à l’esprit stoïcien et aux arbres : accepter ce que nous ne pouvons retenir permet parfois de consacrer notre énergie à ce qui dépend encore de nous.

L’automne et l’hiver, saisons de l’introspection

L’automne précède l’hiver jusqu’à ce que la forêt ne peut plus cacher grand-chose derrière ses feuillages désormais disparus. Les silhouettes des arbres apparaissent autrement, tandis que leurs branches dessinent des formes que les feuilles dissimulaient encore quelques mois auparavant. 

La lumière traverse davantage les bois et ouvre de nouveaux horizons, donnant parfois à des chemins familiers une apparence complètement différente. C’est probablement durant cette période que mes marches deviennent les plus introspectives avec le silence de la forêt hivernale qui m’accompagne différemment. 

Le silence ne m’invite pas nécessairement à chercher des réponses, mais plutôt à écouter les questions qui apparaissent progressivement en moi. Marcher devient alors moins une manière de parcourir une distance qu’une occasion de me retrouver plus profondément avec moi-même. La forêt extérieure devient progressivement le reflet de cette forêt intérieure qui nourrit mes pensées et mon écriture.

Retrouver le rythme des saisons en forêt

Voilà peut-être pourquoi j’aime autant marcher en septembre car cela marque pour moi le début d’une nouvelle année avec la forêt et souvent celui d’un nouveau cycle intérieur. En retrouvant mes chemins au moment où les arbres commencent l’une des transformations les plus visibles et symboliques de leur année, j’aime les regarder se délester pour traverser un hiver qui invite naturellement à l’intériorité. 

forêt en septembre

La forêt nous offre toujours une autre manière de ressentir le temps, bien différente de celle que l’on retrouve dans nos agendas. À partir de septembre les arbres me racontent le temps autrement, à travers la lumière, les feuilles, le dépouillement, le silence, pour ensuite révéler les bourgeons et leurs renaissances. 

Je comprends alors combien j’ai besoin de toutes ces saisons pour accompagner également les différents rythmes qui traversent ma propre existence.

En ce mois de septembre, je suis donc heureux de reprendre mon rythme et retrouver progressivement ma forêt habituelle car bientôt j’attendrai ses couleurs automnales, pour ensuite trouver le plaisir particulier de marcher parmi les arbres dépouillés de l’hiver. Au milieu de cette apparente immobilité naîtra une nouvelle attente, celle des premiers bourgeons annonçant la prochaine explosion printanière.

Septembre ouvre une période durant laquelle je vais regarder les arbres se transformer et retrouver le rythme des saisons pour mieux comprendre le mien.

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À bientôt, Eric

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