#238 – Esprit Stoïcien et les arbres

Esprit Stoïcien

Il m’arrive souvent, lorsque je marche en forêt, de regarder un arbre et de me demander ce qu’il pourrait m’apprendre. Je ne cherche pas à lui prêter une pensée humaine, mais simplement à observer sa manière d’être au monde.

Un arbre ne choisit pas le terrain où sa graine tombe, ni la pluie, le vent ou les orages. Il ne maîtrise pas davantage les saisons qui lui imposent de croître, de perdre ses feuilles et de demeurer immobile.

Cette observation toute simple m’a ramené récemment à l’Esprit Stoïcien, et plus particulièrement à la pensée de Marc Aurèle. Une pensée que je pourrais résumer par une formule qui, sans être une citation littérale, en traduit assez justement l’esprit.

Cette pensée peut sembler austère, et pourtant je la trouve profondément libératrice lorsqu’elle commence à accompagner ma vie quotidienne. Elle m’invite à ne plus gaspiller mon énergie contre l’inchangeable, mais à la consacrer pleinement à ce que je peux transformer.

L’esprit stoïcien pour distinguer ce qui dépend de moi

Distinguer ce qui dépend de moi constitue l’un des fondements du stoïcisme. Épictète l’exprime dès le début de son Manuel  en distinguant clairement les choses qui dépendent de nous et des autres. Marc Aurèle développe cette attitude en réfléchissant à notre capacité d’accueillir les événements tout en restant responsables de nos actes.

Je voudrais modifier une décision déjà prise, changer le comportement d’une personne ou retenir quelqu’un qui commence à s’éloigner. Je voudrais parfois effacer une parole prononcée, revenir sur un événement appartenant au passé ou même négocier avec le temps.

La forêt m’apprend exactement l’inverse lorsque je prends réellement le temps de regarder ce qui se déroule autour de moi.

Après une tempête, quelquefois un arbre est tombé au milieu du chemin que j’emprunte habituellement pour marcher. Quelques mètres plus loin, un autre arbre porte une branche brisée tandis qu’un troisième semble avoir traversé l’épreuve presque sans dommage.

Autour du tronc tombé apparaîtront bientôt des mousses, des champignons et peut-être quelques jeunes pousses cherchant déjà leur chemin. Le bois qui semblait annoncer une fin deviendra progressivement la matière d’un commencement et participera encore à la vie. Gaïa ne semble pas s’attarder sur ce qui aurait dû être, car elle transforme simplement ce qui est.

Cette perception d’une Terre qui ne serait plus un décor, mais un Vivant auquel j’appartiens, m’accompagne depuis longtemps. Je l’avais notamment développée dans l’article Gaïa – « D’Âme » Nature, où l’arbre m’invitait déjà à retrouver le présent. Il devenait également une manière de me reconnecter à quelque chose de beaucoup plus vaste que ma propre individualité.

Voilà peut-être une première leçon offerte par la sagesse des arbres et par l’esprit stoïcien qui accompagne désormais mes réflexions.

esprit stoïcien

Accepter ce qui ne dépend pas de moi n’est pas renoncer

Le mot acceptation m’interroge encore, parce qu’il peut facilement être associé à une forme de résignation ou même d’abandon. Accepter signifierait alors baisser les bras, renoncer à transformer mon existence ou supporter passivement tout ce qui pourrait m’arriver.

Accepter ce qui ne dépend pas de moi permet justement de retrouver ma capacité d’action là où elle reste possible. Il ne s’agit pas d’un renoncement, mais plutôt d’une forme de lâcher-prise conscient face à ce qui m’échappe. Je peux alors cesser de lutter contre l’inchangeable pour retrouver ma liberté face à ce que je peux encore choisir.

L’arbre ne lutte pas contre l’hiver lorsque les jours raccourcissent et que les températures commencent progressivement à diminuer. Il ne dépense pas son énergie à vouloir prolonger l’été, mais concentre simplement ses ressources d’une autre manière lorsque les conditions changent en attendant le printemps. Il reprend alors naturellement le chemin de sa croissance.

Le vent m’offre une autre image car l’arbre ne peut ni le commander, ni décider du moment où il soufflera. Il peut parfois se raidir mais le vent poursuivra son chemin sans se préoccuper du désir de l’arbre de l’arrêter. L’arbre semble connaître une autre voie puisqu’il l’accompagne dans son mouvement sans pour autant perdre la profondeur de son enracinement.

C’est une idée que j’avais déjà explorée dans mon article Marcher avec le vent. Marcher avec le vent plutôt que contre lui ne signifie pas pour moi renoncer à la direction que j’ai choisie. C’est accepter une réalité extérieure afin de retrouver à l’intérieur même de celle-ci ma propre liberté de mouvement.

Je retrouve ici cette dimension de Gaïa qui accompagne depuis plusieurs années ma relation personnelle avec la nature. Je considère la Terre comme un système vivant d’interdépendances auquel j’appartiens, et je perçois que rien ne demeure véritablement immobile puisque tout s’adapte, se transforme et parfois disparaît pour réapparaître autrement.

Pour moi, la nuance est immense, car elle déplace mon regard de l’impuissance vers une forme nouvelle de responsabilité.

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Agir avec détermination et nourrir ma forêt intérieure

Au fil de mes marches, cette philosophie stoïcienne devient beaucoup plus concrète lorsque je la confronte simplement à ce qui m’entoure. Je ne peux pas décider qu’il ne pleuvra pas, mais peux choisir de poursuivre mon chemin ou de rentrer. Je ne peux pas empêcher une pente d’être difficile, mais peux choisir de ralentir mon pas pour continuer à avancer sereinement. Le sentier peut être différent, mais je peux choisir la manière dont je vais le parcourir.

Ma vie quotidienne ressemble finalement beaucoup à cette marche et aux nombreux sentiers que je découvre en traversant la forêt.

Je ne maîtrise ni l’opinion des autres, ni leurs réactions. Cependant je peux réagir aux événements du monde qui se produisent autour de moi que je ne contrôle pas avec mes paroles, l’attention que j’accorde aux autres et la direction dans laquelle je souhaite continuer à avancer.

Il ne s’agit plus de vouloir contrôler mon environnement, mais de devenir progressivement responsable de ma propre posture face à lui.

L’arbre m’offre encore une image magnifique puisqu’il ne peut commander au vent, mais peut continuer à développer profondément ses racines. Plus les conditions extérieures deviennent incertaines, plus son enracinement devient essentiel pour lui permettre de continuer à grandir et à vivre.

Il en va peut-être de même pour moi lorsque je traverse les changements, les incertitudes ou les tempêtes de mon existence.

Face à un monde dont je ne contrôle qu’une infime partie, mon véritable travail consiste peut-être à approfondir mes propres racines. Je peux apprendre à mieux me connaître, cultiver ma conscience et nourrir cette vie intérieure qui m’aide à rester enraciné. Je peux alors retrouver ce lieu en moi depuis lequel mes décisions deviennent progressivement plus conscientes, plus libres et peut-être plus sereines.

C’est ce que j’avais appelé ma forêt intérieure dans « Nourrir sa forêt intérieure avec le murmure des rameaux ». La forêt ne me donne pas nécessairement les réponses aux nombreuses questions que je peux me poser en marchant. Elle crée parfois simplement le silence nécessaire pour que je puisse enfin entendre les réponses qui étaient déjà présentes en moi.

C’est également l’espace que j’essaie de faire vivre à travers ce blog et les réflexions partagées dans sa newsletter. Je ne cherche pas à apporter des réponses toutes faites, mais plutôt à proposer régulièrement une halte sur notre chemin. J’y partage mes interrogations et mes expériences avec ceux qui ressentent également le besoin de ralentir et de regarder autrement. C’est un espace d’épanouissement en ligne pour nourrir notre forêt intérieure et nous reconnecter progressivement à notre dimension intérieure.

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Devenir l’arbre au milieu du vent

En quittant la forêt après une longue marche, il m’arrive de me retourner une dernière fois pour regarder les arbres derrière moi. Ils resteront là lorsque je serai parti et certains connaîtront encore, au cours de leur existence, des centaines d’orages. Des branches tomberont, des printemps succéderont aux hivers et de nouvelles pousses apparaîtront progressivement sous les arbres les plus anciens.

Rien ne restera exactement comme aujourd’hui.

C’est peut-être là que l’esprit stoïcien rencontre le plus profondément Gaïa dans le cheminement intérieur que je poursuis aujourd’hui. 

J’appartiens à un Vivant qui ne me promet ni immobilité ni contrôle, mais qui m’invite à participer à son mouvement. Je peux alors accepter simplement de cesser de vouloir modifier ce qui appartient déjà à hier pour essayer de contrôler ce qui arrivera demain.

Le stoïcisme ne demande pas de devenir insensible, mais invite à devenir plus conscient de l’endroit où je place mon énergie.

Lors de ma prochaine marche en forêt, je pourrai donc m’arrêter quelques instants devant un arbre et prendre le temps de l’observer. Je regarderai son tronc, ses branches et surtout j’imaginerai toutes ces racines invisibles qui s’enfoncent profondément sous mes pieds.

Puis je lui poserai simplement deux questions :

C’est alors que je découvrirai que la sagesse ne consiste peut-être pas à empêcher les tempêtes, mais à apprendre à mieux les traverser. 

Comme l’arbre, je peux approfondir mes racines et continuer à grandir, même lorsque le vent décide de souffler autour de moi … Et peut-être est-ce ainsi que je continue, un pas après l’autre, à me réveiller pour me transformer.

Merci d’avoir lu cet article jusqu’à sa fin … Partagez vos pensées dans les commentaires de cet article … Mais surtout portez-vous bien … et soyez Zen & Relax.

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À bientôt, Eric

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