#239 — Pourquoi embrasser un arbre ?

Pourquoi embrasser un arbre

Je ne sais plus vraiment quand j’ai eu l’idée d’embrasser un arbre pour la première fois, mais ce n’était ni un rituel ou une recherche de guérison, et encore moins la quête d’une expérience spirituelle. C’était simplement au cours d’une promenade, un jour où j’avais davantage besoin de silence que de réponses.

Depuis, embrasser un arbre est devenu pour moi l’une de ces expériences simples que la forêt nous propose lorsque nous acceptons de ralentir.

Sans vraiment réfléchir, je me suis approché d’un vieux chêne, j’ai posé une main sur son écorce, puis enlacé mes deux bras autour de son tronc. Et je suis resté là quelques instants, les yeux fermés.

En repartant, je me suis demandé ce qui venait de se passer. Est-ce l’arbre qui m’avait transmis quelque chose ou étais-je simplement devenu plus disponible à ce qui se passait déjà en moi ?

Depuis ce jour, cette question revient parfois au détour d’une marche en forêt. Non pour chercher une réponse définitive, mais parce qu’elle m’invite à regarder autrement les arbres qui m’entourent.

Une relation particulière avec ceux qui m’accompagnent dans mon cheminement et que j’avais déjà essayé d’exprimer dans l’article Gaïa — D’Âme Nature.

Il existe de nombreuses traditions qui attribuent aux arbres une capacité à apaiser, protéger ou transmettre une forme d’énergie. Certains parlent de sylvothérapie, d’arbres-maîtres ou de dialogue avec le vivant.

Entre ces différents regards, il existe peut-être une troisième voie : celle de l’expérience personnelle, humble et silencieuse.

Pourquoi embrasser un arbre ? – Lorsque le contact devient une présence

Nous passons souvent devant les arbres comme nous passons devant des personnes que nous croisons dans la rue, sans réellement les voir.

Pourtant, il suffit parfois de ralentir pour que quelque chose change. Observer les nervures d’une feuille, la rugosité d’une écorce, le dessin d’une branche ou sentir l’odeur de la résine modifie déjà notre manière d’habiter l’instant.

La sylvothérapie désigne différentes pratiques qui utilisent l’immersion en forêt et la proximité des arbres comme des supports de bien-être et de reconnexion à la nature. Parmi elles le bain de forêt ou shinrin-yoku, développé au Japon, fait aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches.

Ces recherches montrent que le simple fait de séjourner dans un environnement forestier peut contribuer à diminuer le stress, ralentir le rythme cardiaque et favoriser une sensation de bien-être.

Ces effets ne prouvent pas que les arbres nous transmettent une énergie mystérieuse, mais rappellent que notre organisme réagit profondément au contact du vivant.

Lorsque je ferme les yeux contre un tronc, je ne cherche plus à vérifier si une énergie circule. J’écoute ma respiration pour entendre le vent dans les feuillages, ressentir la fraîcheur de l’écorce sous mes mains et très souvent, cela suffit.

Chaque arbre raconte une histoire différente

Les traditions populaires aiment associer une qualité particulière à chaque espèce d’arbre. Le bouleau évoquerait la renaissance et la légèreté, le chêne la force tranquille, le pin serait lié à la joie retrouvée, tandis que le saule aiderait à laisser partir nos blessures anciennes.

Je ne sais pas si ces correspondances possèdent une réalité universelle. En revanche, je remarque que certains arbres nous attirent davantage que d’autres. Il m’arrive de marcher plusieurs kilomètres avant de ressentir l’envie de m’arrêter auprès d’un seul arbre.

Peut-être reconnaissons-nous inconsciemment quelque chose qui nous ressemble. Un vieux hêtre marqué par les tempêtes nous rappelle nos propres cicatrices. Un bouleau qui pousse malgré un terrain difficile évoque notre capacité à recommencer, tandis qu’un pin solitaire dressé face au vent nous parle de fidélité à nous-mêmes.

Cette image du bouleau et de la renaissance m’avait d’ailleurs particulièrement marqué après l’incendie de Fontainebleau. J’avais alors essayé de comprendre comment la destruction pouvait aussi révéler cette incroyable capacité du Vivant à recommencer dans l’article : Le feu de forêt n’a pas le dernier mot avec la fraternité du Vivant.

feu de forêt

C’est peut-être aussi là que se trouvent certains des bienfaits des arbres : moins dans ce qu’ils nous donneraient directement que dans ce qu’ils nous permettent de retrouver en nous.

Au fond, ce n’est peut-être pas l’arbre qui change selon notre état intérieur, mais notre regard qui devient capable de lire autrement ce que l’arbre nous offre depuis toujours.

La forêt ne parle pas avec des mots, et pourtant elle raconte sans cesse quelque chose à celui qui accepte de marcher lentement.

Sylvothérapie : la véritable rencontre se fait peut-être avec soi-même

Le texte intitulé L’énergie des arbres, qui a inspiré ces lignes, décrit différentes façons d’entrer en relation avec un arbre : poser le dos contre son tronc, l’enlacer, respirer calmement ou encore le remercier après quelques minutes de silence.

Certaines traditions vont beaucoup plus loin et parlent de transfert d’énergie, de chakras ou de champs vibratoires et nous restons chacun reste libre d’y adhérer ou non.

Nous retrouvons une respiration plus lente, une attention plus fine et une disponibilité que notre quotidien nous fait souvent perdre. Cette connexion à la nature devient alors, pour moi, une manière très simple de revenir à l’essentiel.

Finalement, l’arbre agit peut-être moins comme un guérisseur que comme un révélateur.

C’est cette même expérience qui m’a progressivement conduit à écrire l’article Forêt intérieure et murmure des rameaux. La forêt extérieure devient parfois un espace suffisamment silencieux pour que nous puissions entendre ce qui se passe à l’intérieur de nous.

Nourrir sa forêt intérieure

Je crois que c’est là que réside la véritable puissance de l’arbre. Non pas nécessairement dans un pouvoir extraordinaire, mais dans sa manière de demeurer entièrement lui-même, enraciné dans la terre tout en s’élevant vers le ciel.

À force de marcher en forêt, je finis par penser que les arbres ne cherchent pas à nous apprendre quelque chose, mais nous rappellent simplement ce que nous avons oublié.

Conclusion — Embrasser un arbre pour retrouver le Vivant

Je continue d’embrasser des arbres, non parce que j’attends un miracle, mais parce que ce geste me rappelle que je fais partie du Vivant.

Pendant quelques instants, je cesse d’être un homme pressé pour redevenir simplement un être parmi les autres êtres vivants.

Je ne saurai probablement jamais si un arbre me transmet réellement son énergie et, à vrai dire, cette question m’intéresse de moins en moins. Car ce qui compte désormais, c’est ce qui se transforme en moi lorsque je prends le temps de ralentir.

La présence immobile de l’arbre me rappelle aussi ce que j’ai récemment découvert en écrivant l’article L’esprit stoïcien et les arbres

C’est peut-être cela le véritable enseignement de la forêt … Nous montrer qu’avant de vouloir changer le monde, il suffit parfois d’accepter de rester quelque minute immobile contre un arbre.

Source d’inspiration

Cet article s’inspire librement du texte L’énergie des arbres de Patrice Bouchardon, qui explore différentes approches de la relation entre l’être humain et les arbres. Les pratiques énergétiques évoquées relèvent d’approches traditionnelles ou spirituelles et ne sont pas présentées ici comme des faits scientifiquement établis.

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À bientôt, Eric

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Une réponse à “#239 — Pourquoi embrasser un arbre ?”

  1. « un jour où j’avais davantage besoin de silence que de réponses. » C’est LA phrase qui a fait tilt !
    A t-on besoin d’explication ou simplement un besoin de sentir quelque chose de simple, de vivant, de stable. Comme si le corps cherchait une présence plutôt qu’une réponse.

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